Racines Maine et Touraine Angevine

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  • Frédéric Huet

    En hommage à mon grand-père paternel Frédéric Huet, déporté dans des camps de travail comme près d’1,6 million de prisonniers français durant la seconde guerre mondiale, je souhaite partager des éléments retrouvés permettant de raconter les terribles épreuves qu’il a traversées.

    A l’issue d’une longue période de 5 années dans des camps en Autriche, une épreuve supplémentaire attendait Frédéric : libéré en avril 1945 par l’armée russe, celle-ci ne le rapatrie pas vers l’ouest, mais l’emmène plus loin vers l’est dans un long périple insensé à travers l’Europe centrale puis l’Europe de l’Est (Autriche, Hongrie, Roumanie, Ukraine, Pologne et Biélorussie) pour atteindre Minsk.

    Au début de la Seconde Guerre mondiale, Frédéric HUET est mobilisé dès le 27 août 1939, avec le grade de caporal. Il était agé d’environ 37 ans (marié à 23 ans) et avait alors 2 enfants : Roger (12 ans) et Madeleine (8 ans). Du fait de son âge, il est incorporé dans le régiment régional 91ème R.R., régiment de réserve de l’armée de terre française formé de soldats âgés, chargé de garder les lignes arrière, à l’image de l’infanterie territoriale de la Grande Guerre.

    Photo de Frédéric probablement avant la guerre :

    Débute la « drôle de guerre » jusqu’à l’offensive allemande le 5 mai 1940. Le 10 juin, le front est percé sur la Somme. Les Allemands prennent Paris le 14 juin, puis Orléans le 16 juin. Frédéric est fait prisonnier le 27 juin 1940 à Lencloitre
    (département de la Vienne – proche de Châtellerault – lors de surveillance de voies ferrées selon son fils Jocelyn) et se voit attribuer le matricule 1711.

    Le 05 octobre 1940, il est détenu dans le camp de prisonniers à Amboise, le Frontstalag 180 (matricule 180/4407 Liste Mdg 42), puis dans un autre camp à côté d’Auxerre (Yonne), le Frontstalag 150, selon la liste officielle No 26 de prisonniers français.

    Implantés en France, les Frontstalags constituent le premier lieu de détention des soldats avant le transfert outre-Rhin. A l’avant dernière-ligne du document ci-dessous, on retrouve le nom de Frédéric.

    Frédéric est ensuite déporté le 6 Janvier 1941 vers le Stalag XVIIA à Kaisersteinbruch à 50 kms au sud de Vienne (Autriche, matricule 4407 – groupes de Kommandos 61338, 114 410 et A67G Sittendorf).

    Un Stalag est une abréviation de Stammlager, « camp de base de prisonniers de guerre », établi en Allemagne ou dans les pays occupés pendant la Seconde Guerre mondiale. Il désigne ainsi un site destiné à détenir les soldats de rang et leurs sous-officiers.

    Dans son carnet, il a écrit : «on est arrivé au campement en Autriche le 10/01/41, on a été 8 jours, après ils nous ont emmenés pour travailler sur les autoroutes. Après ils nous ont emmenés à Vienne pour travailler en usine”.

    Dans un premier temps, il participe ainsi à la construction de ce qui est aujourd’hui l’autoroute A21 à Sittendorf, à 30 kms au sud-ouest de Vienne. Il est ensuite transféré dans une usine dans un quartier sud de Vienne, à Simmering, probablement dans le cadre de ce qu’on appelle un kommando de travail.

    Chaque camp était constitué d’un camp central et de kommandos de travail pouvant grouper de quelques hommes (fermes agricoles) jusqu’à plusieurs centaines (chantiers, usines, mines). Neuf prisonniers sur dix étaient utilisés dans les kommandos de travail.

    Le camp principal du Stalag XVIIA est situé à Kaisersteinbruch, un petit village du Burgenland, nommé “la carrière de pierres de l’empereur” autour d’une petite église baroque mais, malheureusement, flanqué à l’est d’un horrible camp de prisonniers avec miradors et barbelés.

    En raison du grand nombre de prisonniers de guerre décédés lors de l’hiver 1941-1942, un cimetière de camp avec des fosses communes fut construit à quelques centaines de mètres du camp. Le traité d’État du 15 mai 1955 mentionne 9 584 soldats soviétiques décédés, qui étaient les plus mal traités par les Allemands. Les années suivantes, le nombre de détenus oscille entre 25 500 et 53 000. En février 1945, le rapport de contrôle de l’IRKR fait état d’un total de 26 470 prisonniers.

    Récit fait par un prisonnier de ce camp Stalag XVII A:

    « Très vite, la famine s’installa, touchant surtout ceux qui, comme moi, ne recevaient que très peu, sinon pas du tout, de colis. Certaines familles, plus au courant que d’autres, avaient réagi très vite et expédié à “leur” prisonnier des colis de victuailles sans lesquelles il n’était guère possible de survivre. Bien entendu, les plus favorisés aidaient les autres mais cela ne pouvait aller très loin car, comment s’intégrer à une “popote” convenablement ravitaillée lorsque l’on n’a rien à apporter, ce qui était mon cas.

    Comme la plupart de jeunes du camp, je souffrais terriblement de la faim ; j’avais beaucoup maigri, ma tension était probablement très basse car je devais faire attention aux vertiges qui me prenaient lorsque je passais de la position couchée à la position verticale et d’ailleurs, comment en aurait-il été autrement avec le régime alimentaire qui nous était octroyé ?

    LE MATIN : un verre de décoction d’orge baptisé” “café”.

    A MIDI : un demi-litre d’eau chaude où traînaient, çà et là, quelques morceaux de rutabaga et quelquefois, miracle, un morceau de pomme de terre !

    LE SOIR : un pain militaire pour cinq ou pour six, selon les jours, soit la valeur de trois ou quatre tranches, accompagné d’une cuillère de mélasse, ou de margarine, ou d’un petit morceau de fromage assez mauvais.

    Les rations alimentaires étaient maigres, au Stalag XVII A. Elles s’établissaient ainsi par homme et par semaine : 2425 grammes de pain ; 250 grammes de viande ; 2800 grammes de pommes de terre ; 150 grammes de farine ; 175 grammes de sucre ; quant aux légumes, cela variait en fonction des arrivages. Le menu type se composait d’une ration de pain journalière donnée le matin, d’une soupe dite « La Grayette » pour le midi, composée de pommes de terre et de rutabagas non épluchés, agrémentée d’orties. Dans ce brouet terreux, quelques
    cartilages figuraient la viande, le tout distribué dans des sceaux de 20 litres. Le soir, les prisonniers recevaient une nouvelle décoction appelée officiellement « Café » avec un cube de margarine synthétique.

    « C’était même parfois tellement mauvais qu’une crise de foie vous évitait de souffrir de la faim pendant un ou deux jours. Pour moi, la dominante de cette période a certainement été LA FAIM et je crois pouvoir dire que j’ai souffert de la faim pendant deux ans et que je ne pouvais penser qu’à ça. D’ailleurs, très vite, et surtout parmi les jeunes, apparurent des cas de tuberculose pulmonaire à développement rapide que l’on appelait, à l’époque “phtisie galopante”. Dès que le médecin du camp avait posé le diagnostic, le jeune garçon était expédié vers la France où, en général, il n’arrivait pas vivant. Les cas étaient de plus en plus nombreux et tous étaient mortels. »

    Photos du Réveillon en 1940 de prisonniers de guerre français au Stalag XVII A (certainement non représentatives de leurs conditions habituelles, les conditions se sont dégradées au fur et à mesure de l’évolution de la guerre et des revers subis par les Allemands).

    De cette période, Frédéric a gardé quelques photos avec ses camarades qui le surnomment « papy », on imagine affectueusement : quadragénaire, il a, en effet, quasiment le double de l’âge de ses camarades.

    Film documentaire tourné en 1940 au sein du Stalag XVIIA :

    https://www.filmarchiv.at/de/filmarchiv-on/video/f_02zpK8bTNxubyPGTbeWZUb

    D’après ce qu’on retrouve, il semble qu’il ne soit pas resté longtemps dans le campement même du Stalag XVIIA et qu’il n’a pas forcément connu très longuement ces conditions d’enfermement dans ces baraquements décrites ci-dessus.

    Ainsi, d’après quelques traces (écrits sommaires dans son carnet et quelques documents ci-dessous), il semble qu’il soit parti rapidement ce de camp pour être affecté à des travaux d’autoroute qui ont lieu en 1941. Ensuite, il a été affecté dans une usine autrichienne Saurerwerke AG à Vienne (fondée en 1906, la société est un important constructeur de véhicules utilitaires qui fabriquait des camions et des bus de 1906 à 1969) et y est resté vraisemblablement jusqu’en avril 1945.

    On ne connait pas les conditions dans lesquelles il a vécu plusieurs années dans la banlieue de Vienne. On peut s’étonner qu’il n’a pas été amené à travailler dans une ferme, comme tant d’autres. Est-ce que cela pourrait être le signe de représailles suite à une démonstration de ne pas vouloir collaborer ?

    Les halls de l’usine Saurerwerke étaient situés au 22 Haidestraße/Oriongasse, dans le 11e arrondissement. Ils existent encore aujourd’hui : les anciens locaux de l’usine sont utilisés par la société LGV Frischgemüse Wien reg. Gen.m.b.H., qui y a également ajouté de nouveaux bâtiments.

    On peut lire le nom de l’usine Saurerwerke sur le bâtiment détruit après la guerre. Ci-dessous sur la carte, on peut voir le quartier de Simmering au sud de Vienne.

    Lors de la réception de cette carte postale adressée en allemand le 1 juillet 1943, son affectation est toujours l’usine Sauer Werk à Vienne. Carte postale d’un germanophone en vacances de Karntin dans le sud de l’Autriche (la Carinthie) lui adressant ainsi qu’à ses « camarades connus » ses salutations de vacances.

    Ensuite, Frédéric a conservé une carte métallique en bon état, sur laquelle on peut lire que le 20/12/1944, il travaille à Vienne-Simmering dans l’usine Österreichische Saurerwerke AG comme perceur (montrant un manque de bonne volonté d’après les très rares témoignages laissés oralement à son fils Jocelyn).

    https://en.wikipedia.org/wiki/Saurer

    https://de.wikipedia.org/wiki/%C3%96sterreichische_Saurerwerke

    À partir de l’été 1944, la situation a dû se dégrader brusquement pour Frédéric puisque l’entreprise emploie non seulement des travailleurs forcés civils mais aussi des prisonniers du camp de concentration de Mauthausen (qui était l’un des camps les plus sévères et des plus violents. Les conditions de travail étaient jugées particulièrement dures même selon les standards des camps de concentration). Le manque de main d’œuvre à la fin de la guerre (un nombre croissant d’Allemands était mobilisé dans la Wehrmacht) peut expliquer ce mélange qui a dû être très marquant, avec la confrontation aux destins bien plus tragiques des prisonniers du camp de concentration.

    Le 20 août 1944, le « camp satellite Saurerwerke » fut créé dans le quartier Simmering (11e arrondissement) de Vienne. Le premier convoi de Mauthausen transportait environ 140 prisonniers, qui furent hébergés dans un camp de baraques situé aux portes de l’usine. Celui-ci avait auparavant servi à détenir des civils et des prisonniers de guerre (dont Frédéric).

    Ainsi le nombre de prisonniers du sous-camp de Saurerwerke passe de 150 à 1 000 ; deux mois plus tard, 1 391 personnes sont détenues dans le camp. Fin février début mars 1945, le nombre de prisonniers a atteint son maximum avec 1 480 personnes.

    La plupart des hommes étaient classés comme prisonniers « politiques ». Ils venaient d’Allemagne, de France, de Grèce, d’Italie, de Yougoslavie, d’Autriche, des Pays-Bas, de Belgique, d’Espagne, du Luxembourg, de Pologne, d’Union soviétique, de Tchécoslovaquie et de Hongrie ; il y avait également plusieurs prisonniers juifs parmi eux. Le doyen du camp était Franz Kalteis, originaire de Vienne, qui avait été envoyé à Simmering depuis Mauthausen.

    Travail forcé

    Avant l’Anschluss (annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie), l’usine Saurerwerke était spécialisée dans la fabrication de véhicules à chenilles et de camions, activité qu’elle poursuivit sa production sous le régime nazi. Les prisonniers étaient uniquement affectés à la production de camions de transport de chars. Ils travaillaient dans le hall C de l’usine 2 (dont les fenêtres avaient été barricadées et où des murs supplémentaires avaient été construits). Les locaux de l’usine étant devenus trop petits, deux grandes salles situées au sous-sol du château voisin de Neugebäude furent également utilisées comme halls de production jusqu’en mars 1945. Les survivants rapportèrent plus tard qu’ils avaient souvent bénéficié de manifestations de solidarité de la part de travailleurs civils autrichiens et étrangers. Mais les conditions de travail étaient toutefois très dures : 40 prisonniers moururent dans le camp. Dix-sept autres ont perdu la vie dans le « camp infirmerie » après avoir été ramenés au Stalag de Mauthausen.

    Garde

    Le SS-Hauptsturmführer (chef d’assaut) Johann Gärtner était le commandant du camp ; le SS-Oberscharführer (chef d’escouade) Karl Kleine dirigeait le camp de détention préventive, et le SS-Oberscharführer Gerhard Wittkowski était le chef de service. Quatre officiers SS de Mauthausen, 46 sergents SS et 85 membres d’équipage SS étaient chargés de la garde des prisonniers.

    A la fin de la guerre fin mars 1945, l’Armée rouge venant de Hongrie est en marche et se rapproche rapidement du camp. L’ordre est donné, comme dans tous les camps, d’évacuer les détenus vers l’ouest entre fin mars et début avril, afin de les transférer dans un camp de prisonniers encore difficile à atteindre pour les troupes soviétiques.

    Franz Kalteis, prisonnier venant du camp de concentration de Mauthausen a, en tant que doyen du camp, assuré un rôle de représentation des prisonniers. Fin mars 1945, il usa de toute sa persuasion face au commandant du camp, le SS-Hauptsturmführer Johann Gärtner, pour la vie de 190 prisonniers malades qui, selon un ordre central du commandant du camp de Mauthausen, devaient être assassinés avant l’évacuation des camps annexes. Franz Kalteis nous raconte ces heures :

    « Tard dans la soirée du dernier jour de mars, je fus convoqué chez le commandant du camp, Gärtner, où une discussion dramatique s’engagea.

    Gärtner, complètement désemparé, me demanda immédiatement combien de personnes étaient inaptes à la marche, c’est-à-dire malades. Comme je devinais facilement le contexte, j’exagérai le nombre et lui expliquai qu’environ 180 prisonniers ne seraient pas capables de supporter une longue marche à pied… À ce moment-là, j’expliquai calmement et sereinement à Gärtner que la guerre était perdue, soutenu par le grondement discret des canons. Je lui dis qu’en tant que Viennois, lui seul ne pouvait tuer près de 200 personnes ici, en pleine ville, sans que des milliers de témoins ne le tiennent responsable plus tard. Bref, je réussis à convaincre le commandant du camp d’accepter que les prisonniers souffrant de plaies aux pieds et autres maladies soient laissés sans gardes au camp. »

    Le 1er avril, des préparatifs furent entrepris pour l’évacuation du camp. Le lendemain, 1 276 prisonniers furent envoyés en marche d’évacuation en trois colonnes (dirigées par les SS-Oberscharführer Karl Kleine, Josef Plehar et Gerhard Wittkowski). De Simmering, ils traversèrent Purkersdorf, St. Pölten, Man, Scheibbs, Gresten, Randegg et Seitenstetten jusqu’à Steyr. De nombreux prisonniers furent abattus par les SS pendant la marche et plusieurs moururent d’épuisement. 25 prisonniers réussirent à s’échapper. Le 23 avril 1945, 1 076 prisonniers arrivèrent au sous-camp de Steyr-Münichholz. Une semaine plus tard, le 30 avril, 497 d’entre eux furent transférés au Stalag de Mauthausen.

    190 prisonniers incapables de marcher furent abandonnés au camp de Saurer-Werke, parmi lesquels des prisonniers originaires d’Allemagne, de France, de Grèce, d’Italie, d’ex-Yougoslavie, des Pays-Bas, de Pologne, d’ex-Union soviétique, de République tchèque et de Hongrie. 33 d’entre eux étaient juifs. Ils furent libérés par les troupes soviétiques le 8 avril 1945.

    Il est plus que vraisemblable que Frédéric a fait partie de ces 190 prisonniers « malades » dont le destin a failli basculer vers une fin tragique à la fin de la guerre. Libérés par l’armée russe, ils ne sont pas rapatriés vers l’ouest, mais vers l’est dans un périple à travers l’Europe (Autriche, Hongrie, Roumanie, Ukraine, Pologne) pour atteindre la Biélorussie.

    On retrouve dans son carnet le départ de Vienne le 8 avril 1945 (tout en haut, écriture légèrement effacée). Et puis, on a retrouvé une liste d’une trentaine de noms de lieux, qui étaient d’origine germanique, hongroise, roumaine puis slave.

    Reconstituant cette liste sur Google Map, on s’aperçoit que cela constitue un chemin menant d’Autriche passant par la Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Pologne jusqu’en Biélorussie.


    Durant les mois d’avril et mai 1945, ils font ce parcours en train et à pied d’après des témoignages d’autres camarades d’infortune ayant écrit leur périple. « Ils cueillent sur le bord de la route de l’oseille et des feuilles de frênes pour faire de la soupe. Ils sont dirigés à pied vers Budapest par les russes, leurs ballots dans des charrettes tirées par des bœufs. Mais dans cette capitale, ils furent livrés à eux-mêmes. Les officiers français prirent leurs soldats en main, disciplinés, en rang. Ils contactent les officiers russes qui leur indiquent une caserne où ils se reposent et se restaurent. Ensuite, ils prennent le train pour Odessa. »

    Il faut imaginer des nombreux transferts en train, à pied ou en camion vu l’état désastreux des infrastructures ferroviaires et routières à la sortie de la guerre.

    Dans le carnet de Frédéric toujours, on retrouve des étapes avec des dates : « Wien le 8 avril, Sopron (Hongrie) arrivé le 16 avril et reparti le 29 avril. Szombathely (Hongrie), Sarvar, (Hongrie), Celldömölk (Hongrie), Veszprém (Hongrie) arrivé le 2 mai reparti le 20 mai, Székesfehérvár (Hongrie), Martonvásár (Hongrie), Budapest, Királyháza (Hongrie ou Ukraine) 4 jours du 28 au 31 (mai). »

    «Passé dans les Karpatte le samedi au dimanche au midi, le lundi, on a passé un vrai désert, arrivée le 6 juin à Starie Dorogi et reparti le 5 juillet, arrivée à Berlin le 10 juillet.»

    Starie Dorogi ou avec la correcte orthographe Staryya Darohi qui selon Wikipedia « se trouve à 48 km à l’est de Sloutsk et à 108 km au sud-est de Minsk. À la fin de la guerre, les Soviétiques y installèrent un camp de transit pour prisonniers de guerre libérés et survivants de l’Holocauste. »

    D’après son récit, il y est resté 1 mois, ce qui est cohérent d’après les informations recueillies par ailleurs. Il aurait été dirigé vers Berlin au retour, où il se trouve le 10 juillet. Il aurait ensuite été rapatrié en France le 30 juillet 1945 (centre 52).

    Nous n’avons pas retrouvé de document écrit sur son rapatriement une fois la guerre terminée. Frédéric, comme la plupart des anciens combattants, ne parlait pas ou peu de ce qui avaient été ses épreuves, en tout cas, rarement à ses enfants.

    Cela a été seulement une hypothèse suite à la découverte de son carnet en 2021, jusqu’à une rencontre fortuite en août 2025 avec Odile HUET à son domicile de Channay-sur-Lathan (93 ans, épouse de son fils Roger), qui se souvenait parfaitement que Frédéric avait déclaré être revenu de Biélorussie. Odile a indiqué qu’il est revenu bien plus tard que les autres prisonniers, après la fête de célébration du retour des prisonniers dans son canton, et que sa famille le croyait disparu.

    L’armée russe a fait subir cette épreuve à des centaines de milliers de prisonniers occidentaux. Les statistiques évaluent à 300 000 le nombre des Français libérés par l’avance des troupes soviétiques.

    Il reste encore une part de doute sur le chemin du retour de Minsk vers la France. D’après le carnet, il semblerait qu’il ait été rapatrié par la traversée de la Pologne, de l’Allemagne (en passant par Berlin) et de la Belgique, contrairement à une grande partie des prisonniers rapatriée par voie maritime d’Odessa en Ukraine vers Marseille. Beaucoup de récits nous disent que les prisonniers “libérés” par les Russes ont d’abord été envoyés vers Odessa, dans un premier temps pour des rapatriements en bateaux. Puis il y a eu un changement : pour beaucoup, à mi-parcours quelque part en Ukraine, ils ont fait demi-tour pour repartir vers Berlin …puis Magdebourg…puis la Belgique.

    On est toujours à la recherche d’une trace, d’un document témoignant de ce périple long et certainement plein d’embûches à travers une Europe complétement dévastée.

    Un groupe de 800 Italiens est arrivé de Pologne juste après le départ des Français et est resté à Staryje Doroghi du 15 juillet au 15 septembre 1945. Primo Levi, juif italien et écrivain de nombreux ouvrages, faisait partie de ce groupe et le raconte dans son œuvre autobiographique, La Trêve, que je vous conseille. Libéré de son camp de concentration le 27 Janvier 1945, il est rentré à Turin que le 19 octobre.

    «Although liberated on, Levi did not reach Turin until 19 October 1945. After spending some time in a Soviet camp for former concentration camp inmates, he embarked on an arduous journey home in the company of former Italian prisoners of war who had beenpart of the ItalianArmy in Russia. The long rail way journey home to Turin took him on a circuitous route from Poland, through Belarus, Ukraine, Romania, Hungary, Austria, and Germany– an arduous journey described especially in his 1963 work The Truce – noting the millions of displaced people on the roadsand trains throughout Europe in that period”

    Les prisonniers de guerre français sont bien souvent les grands oubliés de l’histoire, et avec eux le drame et les souffrances physiques et morales endurés, eux qui ont perdu cinq ans de leur vie et pour certains la vie. On mesure la résonance que le sort des prisonniers a pu avoir sur une majorité de Français, dont la vie fut tout autant bouleversée, surajoutant aux difficultés de l’occupation. Presque toutes les familles sont ainsi touchées directement ou indirectement, avec une absence qui pèse sur la vie familiale, laisser des femmes et des enfants face aux difficultés du quotidien…

    Le retour inespéré, avec toutes les joies que cela a dû comporter pour Frédéric de rentrer dans sa province natale, a pourtant été très cruel.

    Son plus jeune frère, Henri HUET est décédé le 29 avril 1943 à 33 ans seulement à Hommes, des suites d’une maladie contractée à l’armée, laissant 3 très jeunes enfants, Jany (4 ans), Nicole (2 ans) et Roland (6 mois).

    Son frère cadet, Célestin dit Alphonse est gravement malade lorsqu’il rentre et décédera 1 an après son retour le 15 aout 1946 à 41 ans, laissant 2 jeunes enfants, Michel (11 ans), Maud (7 ans) et un bébé, Nady né 3 semaines après son décès. Comme tant d’autres prisonniers de guerre, Alphonse est décédé des suites d’une tuberculose pulmonaire contractée lors de sa déportation dans le Stalag IIIB à Furstenberg à la frontière germano-polonaise.

    Photo des 3 frères, de gauche à droite Alphonse, Henri et Frédéric

    Frédéric divorcera très vite à son retour et épousera la veuve de son frère Alphonse, Marcelle.

    Son père, Louis-Philippe est décédé pendant la guerre le 12 avril 1940 à l’âge de 69 ans alors que Frédéric était mobilisé. Seule reste sa mère, Marie Nadreau qui vivra encore 12 ans et s’occupera de son arrière-petit-fils, Jean-Claude Loiseau, fils de Madeleine.

    Frédéric, né au début du XXème siècle en 1902, aura vécu bien des épreuves, notamment dès son plus jeune âge comme le témoigne cet article ci-dessous retrouvé dans la presse tourangelle. Son père mobilisé durant la 1ere guerre mondiale, Frédéric s’est fait remarquer par son courage en aidant sa mère à 13 ans avec les travaux des champs et a été récompensé par des félicitations préfectorales et une gratification de 20 francs.

    Solide, il aura quasiment traversé le XXème siècle malgré ces épreuves, pour s’éteindre à l’âge de 89 ans.

    January 16, 2025

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